Le beau Chabot, Roi des galets

chabot4Regardez moi ce charmant poisson de rivière !

Si vous voulez rencontrer le Chabot, petit poisson d’eau douce d’une vingtaine de centimètres, direction les eaux froides, souvent à proximité d’une source. Notons que le réchauffement climatique ne pas convient pas à cette espèce, ne supportant pas qu’on lui fasse trop chauffer son bain… C’est aussi un poisson écolo-exigeant ! Le Chabot ne se plaît que dans les eaux propres, faisant de lui un bon indicateur de pollution, mais aussi un animal particulièrement sensible aux dérèglements humains…

En fait, le Chabot fréquente les mêmes rivières que la Truite. La comparaison entre les deux concurrents est amusante mais le Chabot ne fait pas le poids. L’une est puissante, bonne nageuse, plus grande, élégante, tandis que l’autre est un petit empoté avec une grosse tête sur un corps rabougri et raplapla.

Outre son allure disproportionnée, la Chabot est surtout handicapé par l’absence de vessie natatoire. Ainsi, sans cet organe avec lequel il évoluerait à la profondeur voulue, le Chabot coule dès qu’il cesse de nager, irrémédiablement cloué au fond. Malgré cette gaucherie dans la pratique de la natation, ne sous-estimons pas la bestiole qui en a encore sous la nageoire. Le Chabot n’est pas le dernier lorsqu’il faut passer à table. Quand il chasse, le nouveau roi du sprint se jette sur sa proie en ouvrant la gueule, ce qui crée un mouvement d’eau, un courant qui entraîne soudainement sa victime au fond du Chabot ! Il se nourrit de tout ce qui est en mouvement : petits invertébrés, larves, alevins… Par conséquent, il ne cherchera pas à dévorer les œufs d’autres poissons («  Ça ne bouge pas ? J’en veux pas… »), à part ceux de congénères qui gêneraient le fond d’une grotte convoitée.
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Ainsi notre poisson du jour règne sur le monde caillouteux des rivières, puisqu’il en tapisse les fonds. Déshérité de sa vessie natatoire, il s’est parfaitement adapté à sa condition de rampant. Préférant les eaux vives (faisant « circuler » les proies mais handicapant les prédateurs), le Chabot fait des « bonds » entre les cailloux pour ne pas se faire emporter par le courant contre lequel il est bien incapable de lutter.

A force de tapisser les fonds des rivières, le Chabot s’est approprié les dessous des pierres. Les galets sont ses meilleurs amis ! Ils lui permettent de se camoufler et de résister au courant. Mais quand il a trouvé SON galet, le Chabot en fait sa maison, sa nurserie, sa cachette, son lit nuptial… Très casanier, le Chabot passera la plupart de sa vie à l’abri sous SON caillou. Le chauvinisme sédentaire est poussé à l’extrême pour certains de ces pantouflards qui peuvent se contenter d’une quinzaine de mètres de ruisseau pour toute une vie (soit 2 à 6 ans selon les espèces) !

 

Sa vie entière dépendant du dessous d’un galet, le Chabot défend son abri farouchement contre ses semblables en quête d’une grotte. Mais à la saison des amours, monsieur aménage sa grotte, astique le sol, les murs, le plafond et les fenêtres en espérant qu’une Chabote vienne lui rendre visite. Pas de pierre, pas de femelle, autant vous dire qu’il en prend soin de sa grotte. Si madame est satisfaite, elle viendra y pondre (au plafond !) pendant que le mâle la collera pour ensemencer les œufs, les deux la tête à l’envers. Mais à peine ses paquets déposés, la femelle abandonne sa progéniture au mâle qui va devoir surveiller, ventiler, protéger les œufs sans cesse pendant près de deux semaines.

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Chabot du Lez

Il existe plusieurs espèces de Chabots qui ont le quasi même mode de vie et le même profil, comme le Chabot du Lez (Cottus petiti). Ces petits Chabots sont tous rassemblés sur à peine 5 km de rivière, sous la source du Lez à proximité de Montpellier. Entre sa répartition réduite, sa proximité avec la ville et ses exigences de qualité de l’eau, cette espèce endémique et emblématique de l’Hérault est clairement menacée de disparition.

En sachant que sa vie entière tourne autour des (ou d’une) pierres des rivières, vous savez presque tout sur le Chabot ! Si pour l’observer vous vous essayer à soulever le toit de sa grotte, remettez bien le galet en place (c’est toute sa vie !) et ne le faîtes pas en période de ponte de Mars à Mai.

En espérant que ce petit bonhomme vous a plu !

 

Article réalisé par Mathias ROTH

 

Ressources bibliographiques : La hulotte n°104

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