Platydemus manokwari, le ver de trop

Platydemus_manokwari
   Une espèce invasive, ça faisait longtemps ! Cette semaine, nous nous intéressons à un ver plat de 5cm de long sur 5mm de large : Platydemus manokwari. Son dos noir est traversé par une bande centrale plus claire. Au bout de sa tête vous trouverez deux yeux noirs, mais si vous cherchez sa bouche, elle est au milieu du corps. Ne prenons pas pour autant la présence de cet invertébré raplapla à la bouche étrangement placée à la légère !

Platydemus_manokwari couleur

Originaire de Nouvelle-Guinée, ce plathelminthe fait partie du « prestigieux » top 100 des espèces exotiques envahissantes les plus néfastes au monde (selon le CNRS). Il ne s’attaque pas à l’Homme. Alors pourquoi le ver est placardé « WANTED, mort plutôt que vif » depuiq quelques années dans tout le pays ?

Platydemus manokwari est un prédateur, choisissant des proies à sa portée : les escargots. Nos amis mollusques terrestres ne parviennent pas à lui échapper, son agresseur sachant grimper partout. Ainsi, la faune des escargots et réellement en danger, notamment pour des espèces endémiques de certaines régions de France : Zonitoides nitidus présent uniquement dans la vallée de l’Eure, Pyrenaearia carascalensis carascalensis ne se trouve qu’en Haute-Garonne et en Hautes-Pyrénées, pour ne citer que quelques exemples.  Beaucoup de ces espèces ont une population fragile, l’arrivée de ce prédateur auquel ils ne peuvent échapper pourrait avoir de graves conséquences écologiques.

Jean-Lou JUSTINE, Professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris tire la sonnette d’alarme : « On sait de manière certaine que partout où Platydemus manokwari s’est installé, il a détruit toute la faune d’escargots autour de lui. […] Mais c’est pire que ça, parce qu’il va manger d’abord les escargots, puis après tout ce qui se trouve sur le sol et qui est mou, comme les vers de terre ».
Si les vers de terre sont les prochains sur la liste, nous avons du souci à nous faire, car ils sont essentiels à notre environnement terrestre. Ce sont de véritables ingénieurs de l’écosystème : ils favorisent le cycle des nutriments aidant donc les plantes à se nourrir, réduisent les déchets (la matière organique), améliorent le ruissellement et ralentissent l’érosion, dégradent les polluant…

Platydemus_manokwari mange escargot

Le plathelminthe mangeant un escargot

Et difficile de l’arrêter, Platydemus manokwari est tout à fait adapté au climat français. A l’origine, il provient d’un climat tropical, mais c’est aussi un ver montagnard, pouvant survivre à des températures se rapprochant de 0°C.

Cet animal relance le débat sur les espèces envahissantes : c’est à cause mondialisation qu’un ver issu de la région l’indo-pacifique a pu atterrir à Caen. Les déplacements très rapides d’espèces étrangères vers un nouveau territoire doivent-être un choc pour la planète et la biodiversité. Sans doute que la Nature n’avait pas prévu cela, bien que des espèces aient déjà pu coloniser de nouveaux continents en dérivant sur divers objets ou autrement, bien avant l’arrivée de l’Homme. Se déplacer si rapidement (en train, en bateau, en avion…) en pouvant être accompagné de voyageurs inattendus n’est pas anodin. Il n’y a qu’à voir ce que nous avons provoqué en colonisant des régions qui se passaient bien de la présence humaine. Nos actes ont une fois de plus et définitivement des conséquences à l’échelle de la planète ; un battement d’ailes de papillon provoque….

Quoiqu’il en soit, si vous trouvez un vert plat ressemblant à Platydemus manokwari, consultez le site internet de Jean-Lou JUSTINE :  http://bit.ly/Plathelminthe

Et si c’est sur votre campus, signalez-le sur inventairefac.com !

 

Article réalisé par Mathias ROTH

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