Repenser nos indicateurs de développement ?

_DSC0144Article réalisé par Damien Deville

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un? »

Lewis Carroll

Penser l’environnement, penser la biodiversité, nécessite de se questionner sur ce qui fait développement au quotidien. Il devient alors important de renouveler la pensée sur les indicateurs de richesses qui composent nos grilles d’analyse sociales et économiques.

Pendant longtemps, le développement économique des pays a été mesuré grâce à l’évolution du PIB (produit intérieur brut) année après année. Ce dernier se mesure par l’agrégat du chiffre d’affaires dégagé de la vente de tous biens et services sur un territoire national (définition issue du site internet de la banque mondiale). Décrié comme ne prenant pas compte le développement social, le PIB a été rejoint par la suite par l’IDH (indice de développement humain). Au delà de prendre en compte le PIB, cet indicateur intègre également la longévité de la population d’un pays et le taux d’alphabétisation.

Au sein de ces indicateurs, reste toujours aujourd’hui un absent : l’environnement. Prendre en compte la protection et la valorisation de la diversité naturelle dans nos modèles de développement pourrait être considéré comme une richesse en tant que telle ! Mais cet exercice n’est pas facile car il aurait tendance à redistribuer les cartes de la géopolitique mondiale. En témoigne l’étude d’Aurélien Boutaud, docteur en Développement Durable. Dans un graphique à deux entrées, le chercheur a croisé l’IDH avec un autre indicateur, purement environnemental : l’empreinte écologique. Ce dernier est mesuré comme étant le nombre d’hectare nécessaire pour supporter les activités sociales et économiques d’un pays. Autrement dit, plus l’empreinte écologie d’un pays est élevée, plus son impact négatif sur l’environnement est important. A partir d’un certain seuil, le degré de l’empreinte écologique remet en cause la capacité des écosystèmes à se régénérer et donc la pérennité des activités des sociétés concernées.

Croiser ces deux indicateurs permet d’intégrer une fenêtre de durabilité. Un pays durable se voudrait d’être un pays avec un fort IDH (supérieur à 0,8) et une très faible empreinte écologique. En plaçant les différents pays sur son graphique, Aurélien Boutaud a mis en avant qu’aucun pays ne rentrait dans ce cadre. Aucun, sauf un : l’Ile de Cuba !

En effet, le pays dispose d’un très bon système de santé : on y vit vieux. Les enfants vont tous à l’école et l’embargo américain a obligé le pays à se tourner vers un développement économique à bas pétrole et avec un des systèmes de distribution de la richesse localisée. Le tout a permis dans une certaine mesure de protéger les écosystèmes du pays, l’île étant restée un paradis naturel et reste aujourd’hui fortement sollicité par les amoureux de la Nature.

Image graphique 1

Figure 1: La durabilité à travers l’IDH et l’empreinte écologique (source : Aurélien Boutaud, 2002. Développement Durable : quelques vérités embarrassante. Economie et Humanisme n°353).

Dans une autre vision du Monde, Cuba serait un pays plus riche que L’Europe, plus riche que les Etats Unis et beaucoup plus riche que la Chine. Que penser alors du Bouthan, l’un des pays les plus pauvres du monde au regard de son PIB, mais mesurant à l’échelle nationale son développement grâce à un nouvel indicateur : le Bonheur national brut. Que penser de l’Equateur avec son président charismatique valorisant au quotidien le « Buen Vivir » ? Que penser du Costa Rica qui a tourné la presque totalité de son développement économique vers la protection de ses grands écosystèmes ? En France que penser, de la Lozère, de la Haute Loire ou des Vosges, département qui ont su garder leur identité paysagère au détriment de l’implantation de certaines activités industrielles ? Force est de constater, que penser le développement autrement, nécessite de porter un regard nouveau sur le monde qui aurait tendance à ébranler les processus hiérarchique de la géopolitique mondiale.

Aller plus loin :

Aurélien Boutaud et Natacha Gondran, 2009. L’empreinte Ecologique. Editions le Découverte, 122 pages.

Benjamin Coriat, 2015. Le retour des communs et la crise de l’idéologie propriétaire. Les Liens qui libèrent Editions, 250 pages.

Le « Buen Vivir » comme horizon social. Artcile du journal L’Humanité. A retrouver sur : http://www.humanite.fr/social-eco/equateur-le-buen-vivir-comme-horizon-social-554355

Le bonheur national brut peut-il remplacer le PIB ? Article du journal Libération. A retrouver sur : http://www.liberation.fr/evenements-libe/2013/04/06/le-bonheur-national-brut-peut-il-remplacer-le-pib_894192

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