Les jardins partagés : sources de Biodiversité ?

 _DSC0144 Article réalisé par Damien Deville

Les formes que prend l’agriculture urbaine sont très diversifiées et englobent des enjeux divers. Multifonctionnelle par essence, l’agriculture urbaine s’adapte souvent à des enjeux locaux dans les dynamiques sociales et économiques qu’elle va valoriser au quotidien. Dans les pays du Nord, si l’aspect social est souvent mis en avant (création de lien social, éducation, appropriation citoyenne et politique), les jardins urbains constituent également un fort outil de performance écologique des villes.

Jardin_des_Fetes_collectif_rue_des_Thermopyles_ParisLes activités humaines sont sources de nombreuses « sorties » de l’écosystème urbain souvent polluantes telles que le phosphore et le carbone. Or, ces substances constituent les matières premières assimilables par les plantes et sont nécessaires à leurs métabolismes. Ainsi les jardins peuvent constituer des outils de stockage des gaz à effet de serre et donc limiter, dans une certaine mesure, l’impact des villes sur les changements climatiques. Cultiver des jardins c’est également retrouver une certaine biodiversité au sein des villes. Biodiversité cultivée d’abord, par le choix des semences anciennes et paysannes : l’agro-biodiversité retrouve une place au cœur de nos villes. Biodiversité sauvage ensuite, par l’attraction que va avoir le jardin pour certaines espèces animales. Le sol devient également sujet à un développement de la micro-faune et de la micro-flore accrue du fait du renouvèlement des grands cycles écologiques par la culture (azote, eau et phosphore). Des expériences actuellement menées sur le potager du toit de l’école AgroParisTech, au cœur du 5ème arrondissement de Paris ont montré à quel point certaines semences, peuvent favoriser le retour des insectes pollinisateurs et des autres espèces composant la chaine alimentaire associée. A une échelle plus importante, l’optimisation de la spatialisation de ces jardins permet de créer des corridors biologiques favorisant un retour de la biodiversité spontanée et exceptionnelle en ville.

P1010624Mais au-delà de ces plus-values environnementales, il convient d’observer que ces jardins urbains deviennent avant tout surtout un lieu d’innovation et d’expérimentation sociale extraordinaire. Par l’éducation populaire, par l’implication des citoyens dans la gestion de l’espace ou encore par la création de réseaux formels et informels, l’agriculture urbaine constitue une véritable fabrique de l’autonomisation politique des citoyens en marge avec le renouveau d’une certaine pensée écologique. Des auteurs russes ont démontré comment la création et l’entretien de ces jardins ouvriers ont été un outil de la réaffirmation populaire de l’aménagement des villes en plein régime soviétique. Dans des contextes politiques plus contemporains, il arrive que les jardins partagés se pérennisent sous structure associative. Association qui va alors participer à la vie de la cité dans son ensemble et se prononcer sur des débats sociaux parfois complètement différents de ceux liés à l’agriculture en tant que telle. Jardinier n’a jamais été aussi révolutionnaire !

Et pour finir un peu de rap-potager !

Pour aller plus loin :
– Aubry, Christine, Jean Noël Consalès, Leïla Kebir, et Bernard Barraqué.  « L’agriculture urbaine en question : épiphénomène ou révolution lente ? . Dialogue entre Christine Aubry et Jean-Noël Consalès. » Espaces et sociétés 158, no. 3 (2014).
– Levy, Albert, La ville durable en débat : entre recherche urbaine et recherche urbanistique. Espaces et sociétés 152–53, no. 1 (2013).
– Paddeu, Flaminia. Faire face à la crise économique à Detroit : les pratiques alternatives au service d’une résilience urbaine ? L’Information géographique 76, no. 4 (2012).
– Film « Et Demain ». Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2016.

 

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