Symbiose

Max Bulbille : Dans le numéro précédent, nous vous avons relaté le scandale du pollen des années 70 qui restera dans les annales de la république naturaliste au nom de l’affaire du pollengate. Mais aujourd’hui, nous allons donner la parole à un des plus éminents scientifiques de notre époque en matière d’interactions biotiques. J’ai donc l’honneur d’accueillir Le Pr. Rhizobium qui va nous parler d’un phénomène méconnu mais pourtant essentiel.

Pr. Rhizobium : Merci beaucoup. Il est temps pour moi d’être un peu médiatisé en effet, si l’on fait énormément de bruit sur le pollen et toute ces choses, c’est bien joli, et ce sont certes des phénomènes importants, mais pas autant que les symbioses racinaires.

Un petit chiffre pour vous en convaincre : 98% des plantes à fleurs hébergent une ou plusieurs symbioses racinaires. Donc en gros sans nous, les micro-organismes symbiotiques, il n’y aurait pas beaucoup de plantes aptes à subsister sur terre. Donc que l’on arrête un peu de faire tout un foin de la disparition des abeilles et que l’on se penche un peu plus sur la réduction progressive de la diversité spécifique des champignons mycorhiziens dans les sols.

Max Bulbille : Voyons professeur, ne vous emballez pas, nos camarades les abeilles subissent tout de même les effets malencontreux des différents insecticides et désherbants utilisés en agriculture conventionnelle et leur recul est tout aussi marqué que celui dont vous parlez.

Pr. Rhizobium : (Le professeur prend un air renfrogné) Certes vous avez raison, mais au moins on en parle d’eux ! Quant au problème des sols, personne n’y prête attention car c’est peu perceptible pour un satané humain, mais je peux vous assurer que pour les communautés végétales cela est tout aussi inquiétant que le recul des populations d’abeilles. Mais plutôt que de m’apitoyer sur le sort de mes confrères, je vais vous montrer pourquoi nous sommes importants et pourquoi il faut que nous puissions être médiatisés.

-Il prend une grande inspiration et se dirige vers un tableau de vidéo-projection, puis recommence à parler-

Il faut savoir que les symbioses racinaires sont diverses et que tout d’abord le mot symbiose ne signifie pas forcément une relation entre deux êtres vivants fondée sur le bénéfice commun. On peut appeler symbiose une relation parasitaire car elle met en relation extrêmement étroite deux individus d’espèce différente. Mais ces symbioses ont des degrés extrêmement divers et si elles existent bien, les symbioses uniquement mutualistes ou 100% parasitaires ne constituent pas l’écrasante majorité de ces dernières. Comme la majorité des interactions biotiques, les symbioses racinaires sont majoritairement situées dans le « gris » c’est-à-dire sans gagnant ni perdant : tout le monde tire la couverture à lui.

Prenons mon cas par exemple, actuellement ma structure de recherche sur la fixation de l’azote atmosphérique (qui est un immense succès par ailleurs) est hébergée par Mr Trifolium, mécène connu du milieu de la recherche scientifique du pays. Hé bien, il arrive que mes collègues et moi proliférons car nous en avons tout simplement la possibilité ; à Mr Trifolium de s’assurer que cela ne lui porte pas préjudice et d’agir en conséquence. Mais jusqu’ici il n’a jamais eu à se plaindre et a toujours reçu sa dose de nitrate. Il en va de même pour l’écrasante majorité des symbioses.

Mais, allez-vous me dire, ces symbioses racinaires, vous en parlez beaucoup, mais par qui sont-elles réalisées ? C’est une bonne interrogation. Il faut savoir qu’il y a deux grande famille de symbioses : les symbioses bactériennes que je décrirais une autre fois et les symbioses faisant intervenir des champignons que l’on nomme les symbioses mycorhiziennes.

Elles peuvent être de trois sortes. On compte tout d’abord les symbioses ectomycorhiziennes qui sont caractéristique des contrées de l’hémisphère Nord. Les champignons qui y sont à l’origine sont tous des basidiomycètes, c’est-à-dire qu’ils fructifient en faisant un chapeau (notez que je caricature un peu mais c’est proche de la réalité) et forment un manchon autour des racines de la plante hôte et pénètrent avec leur filaments dans l’espace intercellulaire de ses racines afin d’y échanger ions, et eau contre des photosynthétats et des acides aminés dont les champignons manquent cruellement.

Viennent ensuite les symbioses endomycorhiziennes. Cette symbiose mycorhizienne est la première à être apparue au cours de l’évolution. On a pu l’observer sous forme fossile sur des lycopsides (plantes préhistoriques de 450 M d’années). Les champignons endomycorhiziens sont majoritairement des gloméromycètes et des ascomycètes. Leurs filaments pénètrent aussi dans l’espèce intercellulaire des racines de la plante hôte, mais ils pénètrent aussi les cellules pour former ce que l’on nomme des arbuscules qui sont une interface d’échange entre le champignon et la plante.

Enfin il y a un dernier type de symbiose mycorhizienne que l’on nomme mycorhize éricoïde. C’est un cas particulier d’endomycorhize qui existe uniquement dans la famille des plantes Ericaceae. C’est la petite dernière de la famille : elle est apparue il y a à peu près 140 M d’années.

Il faut savoir que ces symbioses sont en grande partie essentielles aux plantes qui les hébergent. Ce faisant, elles triplent souvent leur surface racinaire et ont plus facilement accés à l’eau et aux minéraux présents dans le sol. Certaines permettent aussi de repousser des pathogènes comme les nématodes et autres parasites des racines.

Bref, vous pouvez facilement observer ces symbioses dans le sol lorsque vous déterrez une plante. Si des filaments blancs courent dans la terre ou près des racines de la plante il est extrêmement probable que vous ayez affaire à l’un des champignons symbiotiques de la plante en question. De même que si vous voyez un champignon en forêt, vous pouvez si vous êtes suffisamment document déduire de quels arbres ou buisson il est susceptible d’être le symbiote.

Les champignons sont certes mal connus, mais ils ne sont pas plus complexes à déterminer que les plantes, il suffit d’un guide, d’une bonne loupe et d’un peu de pratique pour arriver à les identifier à l’aide de leur carpophore (chapeau). Il ne faut juste pas rater le coche ! Si vous les voyez prenez-les en photo, cela leur fera plaisir que l’on s’intéresse un peu à eux.

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