Orgueil et pollinisation

Suite de l’affaire des fraudes pollinisatrices-

290px-Cétoine_dorée_vol

Après les rebondissements de l’affaire du CAPNEC et des fraudes généralisées à la pollinisation, l’état s’est constitué parti civil et a mené une enquête approfondie sur les mœurs pollinisatrices de toutes les espèces d’insecte et de plantes de France. Le procès s’étale déjà sur plusieurs long mois et le juge, un vieux hibou grand-duc, est chargé de l’instruction de l’affaire. Il entre dans la sale visiblement fatigué. Il s’installe puis, prend la parole.

« Mesdames, messieurs, la séance est ouverte. Aujourd’hui nous ferons lumière le rôle plus ou moins fumeux de certains coléoptères se disant pollinisateurs. » Il se tourne alors vers le banc des prévenus où le regardent avec appréhension une foule de cétoines, de carabes et autres coléoptères. « Bien, alors qu’avez-vous à dire pour votre défense ? Je vous rappelle tout de même que vous êtes accusés de fraude à la pollinisation comme la majorité de ceux qui sont comparus devant ce tribunal. »

Un instant de flottement dans le banc des accusés se fait ressentir, puis un cétoine funeste plus gros que les autres se lève et prend la parole.

« De fraude vous dites ? Franchement, je ne vois pas de quoi vous voulez parler. La majeure partie de mes collègues ainsi que moi-même sommes d’honnêtes pollinisateurs qui accomplissent tous les jours leur travail et ce de façon exemplaire. Nous jouons d’ailleurs un rôle important dans la pollinisation des astéracées. Regardez notre physique : tout prouve notre utilité : nos soies ainsi que l’ensemble de notre morphologie nous permettent de nous enduire de pollen et de le disséminer au fil de nos pérégrinations. Il est certes vrai que nous n’avons pas la même efficacité que les grands consortiums nationaux tels que le syndicat des abeilles domestiques et sauvages ou celui des rhopalocères. Mais nous n’avons pas non plus la même morphologie, eux sont taillés pour la vitesse, tandis que nous non. Bref, vous m’avez compris : nous passons le plus clair de notre temps dans des fleurs, que nous politisons. Où est le mal dans tout cela ? »

Le vieux hibou se racle la gorge.

« Il me semble que vous occultez un point important. Vous ne dites absolument rien sur le fait que lorsque vous vous prélassez sur une fleur, vous passez la majorité de votre temps à bouloter son pollen ou même pire : ses organes floraux ! Ne niez pas ! Nous avons d’indiscutables preuves. »

Un sentiment de malaise s’empare de l’assemblée des accusés, mais cette fois-ci c’est un carabe doré qui prend la parole.

« Ecoutez, oui nous mangeons du pollen, et c’est d’ailleurs notre nourriture principale. Mais vous n’allez pas me faire croire que cela porte quelconque préjudice à la fleur en question. Avez-vous idée de la quantité de pollen que produite une fleur ? Je peux vous assurer que la production dépasse significativement le taux de grains de pollen qui servent à polliniser d’autres fleurs. Et puis, en ce qui concerne les organes floraux si nous dévorons deux ou trois anthères par-ci par-là ce n’est vraiment pas un drame. Les seuls qui en voient un ce sont les horticulteurs lorsque l’on commence à faire des trous dans les pétales de fleurs roses. Roses qui sont bien contentes que nous nous donnions la peine de les visiter soit-dit en passant car leur production de nectar est des plus ridicules et elles sont souvent boudées des autres pollinisateurs. Vous feriez mieux de vous pencher sur le problème des vrais parasites et non pas de nous autres commensaux et mutualistes qui n’avons rien demandés à personne.»

Suite à cette diatribe, le juge soupire d’un air exténué, et tout en regardant le public au-dessus de ses verres en demi-lune cols la session :

« Je commence à croire qu’en matière de pollinisation tout n’est qu’une affaire point de vue et qu’il n’y ait réellement pas de profiteurs ou de laissés pour compte… tout a l’air en demi-teinte. Gardez quand même un œil sur nos amis coléoptères. Et prenez les en photo, on ne sait jamais… La séance est close ! »

Les commentaires sont fermés.