Fourmis Zombies

Fourmis zombies

Killian Girardin Andreani

 

     Ce récit raconte l’histoire bouleversante d’une fourmi nommée O’4220. Elle n’aimait d’ailleurs pas bien ce nom qui lui avait été attribué dès la naissance et qui, comme pour toutes les autres fourmis, ne correspondait ni plus ni moins à un matricule. O pour les ouvrières, G pour les guerrières, et un nombre, correspondant uniquement à une portée et son rang dans celle-ci. Elle se faisait alors appeler Tisaya par ses amis. Elle n’était pas vraiment une fourmi comme les autres. Dès le début de son éducation elle dû vite apprendre à faire taire ses rêves d’identité et de liberté, puisque comme les autres elle devait travailler. Il est vrai qu’à cette époque les fourmis n’avaient pas encore vraiment le choix de faire ce qu’elles souhaitaient, d’autant plus lorsqu’à la naissance leur était attribué le rôle ingrat d’ouvrière. Même si les fourmis guerrières ont toujours joui d’un meilleur statut social, cela ne l’intéressait guère plus d’endosser ce rôle. À vrai dire elle n’avait jamais vraiment su ce qu’elle aurait aimé faire d’autre, et de toute façon les perspectives étaient plutôt limitées. Mais la seule chose dont elle était sûre, était qu’un jour elle trouverait un meilleur moyen d’être utile pour la communauté, sans être une esclave. « Ce qui fait notre force, c’est notre travail communautaire. Notre travail pour la Reine, notre mère. Ensemble, nous ne faisons qu’un ». O’4220 avait bien sûr déjà entendu parler à maintes reprises de cette idée de super organisme qui ne pouvait fonctionner que grâce à l’action conjointe de chacune d’elles, à la façon d’un seul individu qui ne vit que grâce à l’action synchrone de toutes les bactéries qui le constituent [1]. Mais vivre comme une esclave ne lui convenait plus, elle était capable de plus. Ce qui troublait le plus O’4220 c’est qu’elle semblait être la seule à réaliser que sa vie était insignifiante, lorsqu’elle exprimait ses doutes après le travail auprès de ces amis, ceux-ci semblaient préoccupés uniquement par la survie de la colonie. Il faut dire que les temps étaient durs, car l’été avait été très sec et les aliments se faisaient de plus en plus rares. Les fourmis de cette colonie avaient d’ailleurs pris pour habitude de se nourrir à partir de petites grappes de couleur laiteuse. Ces nodules blanc était en fait du mucus de mollusque que les escargots rejettent habituellement lors des pluies. [2]

                                     

     En plus de la menace d’une famine, la disparition mystérieuse de bon nombre d’entre elles semblait inquiéter de plus en plus la colonie. Certains bruits de galerie semblaient même indiquer que la Reine en personne avait confié l’enquête à ces premiers généraux, alors que les messages de propagandes diffusés se voulaient plutôt rassurant. Sans doute voulait elle s’assurer maintenir la productivité de toutes les travailleuses. Il est vrai que ces disparitions, de plus en plus nombreuses, étaient absolument inexpliquées. C’est toujours durant la nuit que les individus se volatilisent, sans jamais plus donner le moindre signe de vie. Une rumeur de plus en plus soutenue faisait par d’une mystérieuse épidémie entraînant des crises de somnambulisme chez les consœurs infectées. Certaines fourmis relataient avoir croisé certaine des leurs en pleine nuit, au détour d’une galerie, déambuler vers la sortie de la colonie. Leur regard était vide, impossible à réveiller, tel un zombie. Ces fourmis semblaient agir telles des pantins et se rendaient à l’extérieur de la colonie pour ne jamais revenir au matin. C’est durant plusieurs semaines que ces disparitions mystérieuses se produisirent et ce de plus en plus fréquemment, jusqu’au soir ou la vie de Tisaya pris un tout autre cap. Il s’agissait là d’une nuit comme les autres où elle profitait du calme des galeries pour se promener. Le couvre feu imposé faisait qu’elle ne croisait jamais personne et elle appréciait énormément ces moments ou elle pouvait être seule, ce qui est assez exceptionnel pour une fourmis.

 

   C’est alors qu’au détour d’un étroit couloir, elle entendit des pas venant droit dans sa direction. Pensant d’abord à une fourmis guerrière qui faisait un tour de garde, elle reconnue rapidement une de ces collègue ouvrière. Celle-ci avançait droit devant elle, avec une démarche mal assurée mais d’un pas vif. Ses yeux semblaient opaques et ses antennes étaient si basses qu’elles éffleuraient le sol. « Tu m’as fait peur ! J’ai bien cru que cette fois je me faisais prendre ! Qu’est ce que tu fais dans les couloirs à cette heure-ci ? » s’exclama O’4220. Mais la fourmis continua d’avancer, sans donner de réponse, en prenant à peine soin de l’esquiver. Son regard semblait vide de toutes émotions, ses antennes pendantes suggéraient qu’elle était encore plongée dans un profond sommeil. Comprenant que sa sœur était en pleine crise de somnambulisme, c’est pourtant sans succès qu’elle essaya de la réveiller. C’est alors avec beaucoup de difficultés qu’elle entreprit de la suivre alors qu’elle semblait courir de plus en plus vite. Était elle sous l’emprise de ce mystérieux maléfice ? Il n’y avait qu’une seule façon d’en avoir le cœur net. Si elle découvrait ce qui se passait, ainsi peut être, parviendrait elle à trouver l’origine de ce phénomène inexpliqué. Elle suivit donc la fourmis somnambule jusqu’à la sortie où elle réalisa que la nuit était déjà bien avancée et que les premières lueurs du jour se faisaient percevoir.

 

     C’est de près qu’elle suivit sa sœur possédée pour ne pas la perdre dans l’obscurité alors que celle-ci déambulait à toute vitesse entre les herbes de la prairie. Rapidement, l’inconsciente se mit à grimper le long d’une luzerne. Cette herbe était d’habitude évité par les fourmis, car extrêmement convoitée par les moutons [3] de la prairie dans laquelle la fourmilière se trouvait. De plus O’4220 savait que le levé du soleil était le moment préféré des moutons pour leur prise alimentaire. Impuissante, elle regarda ébahit sa sœur continuer son ascension jusqu’à ce que cette dernière arrive au sommet où elle s’immobilisa. Malgré les cris poussé par O’4220 pour la mettre en garde, elle semblait impossible à réveiller ou raisonné… Ce n’est que quelques minutes plus tard que le soleil encore bas dans le ciel fut masqué par un mouton gigantesque. Il était immense et affamé, croquant à pleine bouchée dans les luzernes et les bourses à pasteur. Celui-ci venait dangereusement en direction des deux insignifiantes fourmis et ce n’est que quelques secondes plus tard qu’il engloutit d’une seule bouchée la pauvre possédé, sans même s’en rendre compte. Prise de panique, c’est de toute vitesse que O’4220 se précipita à la fourmilière pour compté aux autres ce qu’elle venait de découvrir. Elle ne comprenait pas ce qui avait poussé l’autre fourmis à se faire dévorer, volontairement. Même si sa conscience semblait être altéré, elle n’avait jamais vu de phénomène semblable à celui-ci.

 

   Evidemment, une fois de retour à la fourmilière personne ne l’a prise au sérieux, toutes les fourmis savaient qu’elles devaient éviter les luzernes et aucune d’entres elles ne s’y risqueraient jamais, encore moins au du levé du soleil.«Tu as du faire un mauvais rêve» lui disaient-elles. Mais O’4220, convaincu de ce qu’elle venait de voir, réussit à force d’insister à obtenir une audience auprès de la Reine. Celle-ci accordait rarement du temps à ces servantes,d’autantpluslorsqu’ils’agissaitd’uneouvrière.Peutêtreétaitelleplusinquièteque ce que la propagande laissé suggérait. Elle était de taille imposante et c’était la première fois que O’4220 vu sa mère en vrai. Intimidée, elle trouva malgré tout le courage de lui conter son expérience sans omettre le moindre détail. A son grand étonnement, la Reine fut la seule qui prit son histoire au sérieux et qui semblait absolument stupéfaite: «Cette histoire est donc vraie… J’ai toujours cru qu’il ne s’agissait là que d’une légende ». La reine lui compta alors une vieille légende transmise par les anciens. Un parasite maléfique, nommé Douve serait parfois présent à l’état de larve dans le mucus d’escargot tant convoité [4]. La Douce, une fois dévoré par la fourmis, prendrait le contrôle total de son hôte dans un seul but : la pousser à se faire dévorer par un mouton [4][5][6][7]. Les anciens disaient que cette larve, une fois qu’elle deviendrait adulte, ne pourrait se développer que dans son environnement de prédilection, à savoir le foie du mouton. Ce transfert d’hôte aurait, par le passé, détruit des colonies entière de fourmis les transformant toutes en zombie courant à une mort certaine [5][6][7]. « Une fois de plus, cela ne devait être qu’une légende… comment pourrions nous combattre ce maléfice ? Tu es une fourmis extrêmement courageuse, surtout pour une ouvrière. Voudrais-tu devenir conseillère et nous aider à enquêter sur ce mal qui nous menace ? » Pour la première fois, à l’entente de ces mots, Tisaya se sentit réalisée et en mesure d’exploiter son potentiel pour le bien de la communauté. Elle avait découvert l’origine d’un mal qui mettait en péril l’avenir de la colonie et avait enfin trouver un moyen de se rendre vraiment utile, à la hauteur de son potentiel.

 

Références:

[1] Lynn Margulis, Dorion Sagan. 1986. L’univers bactériel. Seuil Edition, 339p.

[2] Christine Coustau. 2010.La malédiction du cloporte. Seuil Edition. 192p.

[3] R. Baumont. 1996. Palatabilité et comportement alimentaire chez les ruminants. ​INRA Prod. Anim., 9 (5), 349-358.

[4] Christian Mage. 2008. ParasitesdesMoutons:Prévention,Diagnostic,Traitement.​France Agricole Editions, 2008 – 113 pages.

[5]​Henriette Tohmé et Georges Tohmé. 1977.​Les hôtes intermédiaires du cycle évolutif de la petite Douve du foie du Mouton au Liban et en Syrie.​Ann. Parasitol.Hum.Comp.
​ ,1977, 52
​ : n° 1, 1–5.

[6]David P. Hughes, Frederic Libersat. 2018. Neuroparasitology of Parasite–Insect Associations. Vol. 63:471-487 (Volume publication date January 2018).
[7] G. Mitchelle et al. 2017. Evaluation of molecular methods for the field study of the natural history of Dicrocoelium dendriticum. ​Veterinary Parasitology Volume 235, 15 February 2017, Pages 100-105.

 

A propos de l’auteur :

Passionné par le vivant depuis toujours, je me suis naturellement tourné vers des études de biologie que j’ai réalisé à l’université de Montpellier. C’est à la faculté que j’ai saisi l’importance de la médiation et de la communication scientifique, domaine dans le quel je me suis spécialisé au cours de mon master. Je travaille aujourd’hui avec l’espoir de parvenir à diffuser au plus grand nombre le savoir scientifique. Un publique éveillé et sensibilisé peut s’assurer que le progrès scientifique se fasse au nom de l’intérêt commun et non pour l’intérêt financier de quelques élite. Si autrefois la médiation était synonyme d’une diffusion unilatérale depuis l’élite détenteur de savoir vers le large publique, elle permet aujourd’hui de le sensibiliser, notamment pour lui permettre de devenir acteur de l’évolution scientifique de sa société. Elle permet d’inscrire les sciences dans la démocratie et de la rendre au service des citoyens, selon sont but initial et principale. Cette démarche est d’autan plus vrai pour les grands domaines scientifiques qui concernent l’avenir de l’humanité, avec parmi eux l’environnement, l’énergie et la santé.

 

 

                                               

Killian Girardin Andreani

 

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