La vie secrète des demoiselles

La vie secrète des demoiselles

Vous avez tous déjà vu une libellule, que l’on appelle aussi Odonate dans le monde scientifique. On observe facilement ces insectes, que ce soit délicatement posée sur une feuille de roseau ou bien patrouillant à toute vitesse au-dessus de l’eau. Mais connaissez-vous vraiment ces animaux ? Comment vivent-elles ? Que mangent elles ? C’est ce que nous allons voir dans cette histoire !

Notre aventure commence lors d’un bel après-midi de juillet, au bord d’une rivière, paisible et baignée de soleil. Là, nous rencontrons Fabrice, 10 ans, et son grand-père Jean-Henri, ensemble pour une partie de pêche, pour le moins … peu fructueuse.

– Papy, ça fait deux heures que l’on pêche et je n’ai rien attrapé, je m’ennuie …

– Et bien je ne sais pas, profite du paysage et du calme, ça fait du bien une journée comme celle-là ! Et puis regarde un peu les petites bestioles qui sont autour de toi, si tu y fais un peu attention, tu ne pourras jamais t’ennuyer, c’est un monde fascinant !

– Comme cette libellule sur mon bouchon ?

– Oui, par exemple ! C’est une jolie petite demoiselle !

– Dis-moi papy, pourquoi il y en a avec des tailles et des couleurs différentes ?

– Ce sont des espèces différentes ! Il y a des grandes et des petites. Il y en a des bleues, des rouges, des jaunes, … Dans le monde, les scientifiques ont déjà découvert plus de 6000 espèces et rien qu’en France, on peut en voir presque une centaine de différentes.

– Waouh, tant que ça ? Et elles sont toutes différentes ?   Fig.1Fig.2

Et oui ! Parfois certaines espèces se ressemblent beaucoup (Fig. 1) mais il y a des petites différences qui permettent de les reconnaitre. Et puis souvent pour une même espèce, les mâles et les femelles n’ont pas les mêmes couleurs, et ça complique un peu l’histoire (Fig. 2).              

Fig.3BFig.3A

Pour résumer, on classe les libellules en deux grands groupes : d’un côté les libellules vraies, qu’on appelle aussi les Anisoptères, et de l’autre les demoiselles, aussi nommées Zygoptères. Pour les différencier, c’est plutôt facile. Les demoiselles ont un corps très fin, elles sont souvent assez petites et elles ont un vol papillonnant. Au repos, elles ont les ailes fermées au-dessus du corps (Fig. 3B). A l’inverse les libellules vraies sont plus grandes, plus massives, elles volent très vite et au repos, leurs ailes restent ouvertes (Fig. 3A).

– Et papy, pourquoi on trouve presque toujours les libellules au bord de l’eau ?

– Et bien c’est assez simple, l’eau est un élément très important dans leur cycle de vie. Mais c’est une longue histoire ! Tu veux que je te la raconte ?

– Oui papy !

– Très bien ! Alors commençons par le commencement ! Tu vois la libellule bleue là-bas ? Tu sais ce qu’elle fait ?

– La grande qui volent très vite ? Je ne sais pas, elle chasse ?

Fig. 4 

– Oui celle-là ! On la nomme l’Anax empereur (Fig. 4) et c’est une des plus grandes libellules qu’on trouve chez nous ! Elle chasse tu as raison mais pas seulement, elle patrouille aussi ! Sa couleur nous indique que c’est sans doute un mâle et il patrouille pour surveiller son territoire.

                                                                                                                         

Fig. 5

Ainsi, il évite que d’autres mâles ne viennent chasser sur ses terres et cela lui permet de trouver une femelle pour se reproduire. Tiens regarde, les deux petites libellules qui sont accrochées sur l’herbe, elles sont en train de s’accoupler. La forme qu’elles prennent ressemble un peu à un cœur, on appelle ça un cœur copulatoire (Fig. 5).

Fig. 6  Fig. 7

Après l’accouplement, la femelle va aller pondre sur des plantes aquatiques ou directement dans l’eau (Fig. 6). Parfois le mâle reste accroché à la femelle pendant la ponte, ça forme ce que l’on appelle des tandems (Fig. 7). Dans d’autres cas, le mâle se tient juste à côté pour la surveiller et sinon, il va voir ailleurs.

– Mais attend, si elles pondent dans l’eau, les bébés libellules savent nager ?

– Dis-moi, selon toi, ça ressemble à quoi un bébé libellule ?

– Et bien, à une libellule en plus petit ?

– Pas du tout ! Les libellules que l’on voit, avec leurs ailes, elles sont toutes des adultes. Les bébés, qu’on appelle des larves, vivent sous l’eau et ne ressemblent pas du tout à leurs parents (Fig. 8).

Fig.8AFig.8B

Là aussi la différence entre demoiselles et libellules vraies est assez marquée. Les larves de demoiselles ont des lamelles caudales au bout de l’abdomen qui leur servent à respirer, comme les branchies des poissons (Fig. 8B). Les larves de libellules vraies elles, ont leurs branchies à l’intérieur du corps et au bout de l’abdomen, elles ont ce que l’on appelle des cerques (Fig. 8A).

Les larves passent le plus clair de leur temps cachées dans la végétation ou sous le sable et attendent qu’une proie passe à leur portée. Car oui, les larves de libellules, comme les adultes d’ailleurs, sont de très bons chasseurs ! Les plus grosses larves peuvent même manger des petits poissons ou des têtards de grenouille. Elles vont passer plusieurs mois sous l’eau, parfois même plusieurs années. Petit à petit elles vont grandir et changer plusieurs fois de peaux quand celle-ci devient trop petite. On appelle ça la mue.

– Comme les serpents ?

-Exactement ! En fonction des espèces, elles peuvent muer entre 8 et 18 fois. En moyenne, c’est environ une douzaine de mue au cours de la vie larvaire. A un moment, la larve sera assez grande et elle va sortir de l’eau pour muer une dernière fois. On appelle ça l’émergence ou bien aussi la mue imaginale, car un insecte au stade adultes est nommé un imago. La larve va s’accrocher à un support, une branche, une feuille, un caillou, … et la peau de son dos va s’ouvrir pour laisser sortir la libellule adulte (Fig. 9). A ce moment-là, son corps est tout mou et elle ne peut pas encore voler car ses ailes sont toutes pliées. Elle est alors très fragile et vulnérable à plein de prédateurs comme les fourmis, les oiseaux, des petits mammifères, … (Fig. 10). Petit à petit, ses ailes vont se déplier et son corps va durcir. Cela peut prendre plusieurs heures mais au bout d’un moment, elle va prendre son envol pour la toute première fois, laissant derrière elle sa dernière mue, que l’on appelle exuvie (Fig. 9 et 10).

Fig.9  Fig.10

D’ailleurs ces exuvies sont très utiles pour les personnes qui étudient les libellules car quand on en trouve, on est sûr que la libellule a réussi à faire tout son cycle de reproduction sur le site. Et ça, c’est très important de le savoir quand on veut les protéger !

– Et après, c’est terminé ? Le cycle recommence ?

– Pas tout à fait. Dans un premier temps, la libellule nouvellement émergée va s’éloigner un peu du point d’eau. Elle va entrer dans une période qu’on appelle période de maturation. C’est un peu l’adolescence des libellules. Ça peut durer quelques jours ou quelques semaines chez certaines espèces et là, elle va chasser et attendre d’atteindre la maturité sexuelle. C’est-à-dire le moment où elle sera dans la capacité de se reproduire. C’est pendant cette période que les imagos vont prendre leurs couleurs définitives. En général, les libellules cherchent des endroits ensoleillés et dégagés comme des clairières ou le long des haies pour maturer. C’est pour ça que ces habitats sont très importants pour le cycle de vie de ces animaux, même si on ne s’en rend pas compte tout de suite. Une fois mature, elles vont chercher un nouveau point d’eau pour se reproduire. Les mâles vont se trouver un territoire pour courtiser des femelles et notre boucle est bouclée (Fig. 11).

– Génial ! Je ne pensais pas que ça pouvait être aussi complexe !

– Et bien tout ceci n’est qu’un résumé et pour en savoir d’avantage, il faut demander à des spécialistes. En France, il y a beaucoup de gens qui travaillent sur les libellules, on les appelle les odonatologues. Ils sont parfois regroupés en associations régionales comme par exemple la Société Limousine d’Odonatologie (SLO), le Groupe Odonat’Auvergne (GOA) ou le Groupe Sympetrum en Rhône-Alpes. Au niveau national c’est la Société Française d’Odonatologie (SFO) qui fait référence. Mais en attendant, surveille ton bouchon, je crois que ça mord …

– Papy, j’ai un poisson !!

               Fig. 11

 

  • Bibliographie :

DIJKSTRA K.-D. B., 2011 Guide des libellules de France et d’Europe. Delachaux et Niestlé. 320 pages.

GRAND D., BOUDOT J.-P., DOUCET G., 2014 – Cahier technique des Libellules de France, Belgique, Luxembourg et Suisse. Biotope, Mèze, (collection Cahier d’identification), 136 pages.

  • Webographie :

DELIRY C., 1999-2017 – Libellul’mE. Libellules du Monde entier [En ligne], http://www.deliry.com/index.php?title=Libellules_du_monde_Entier (Consulté le 24/12/2017)

Groupe Odonat’Auvergne, 2017- Accueil [en ligne], http://groupeodonatauvergne.fr (Consulté le 29/12/2017)

Groupe Sympetrum, 2017– Accueil [en ligne], http://www.sympetrum.fr (Consulté le 29/12/2017)

Naturellement votre, 2017 – La Libellule déprimée [en ligne], http://naturellementnature.free.fr/naturellementvotres/libellules/especes/libellula_depressa/libellule_deprimee.htm (Consulté le 29/12/2017)

Société Française d’Odonatologie, 2017 Cycle de vie des Odonates [en ligne], http://www.libellules.org/cycle/vie-odonates.html (Consulté le 20/12/2017)

Société Limousine d’Odonatologie, 2017 – Accueil [en ligne], http://assoslo.free.fr (Consulté le 29/12/2017)

Originaire de Lyon, j’ai commencé mes études par un BTS GPN puis la licence pro ATIB à Lyon, avant d’entrer en Master IEGB à Montpellier. Master que je viens de terminer. Passionné par les insectes depuis toujours, mes groupes de prédilection sont les Odonates, les Rhopalocères ou encore les Hétéroptères, les cigales et les abeilles sauvages.

Alexandre Cornuel-Willermoz

 (copyright Amandine Vallée)

 

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