Coupe massive pour prévenir les risques d’incendies : Pourquoi l’écologie est devenue source d’affrontements et de divergences ?

Comment gérer les incendies en bordure d’agglomération ? C’est la question à laquelle tente de répondre la métropole de Montpellier pour réduire les risques en bordure du zoo du Lunaret. L’orientation du projet peut sembler intéressante, elle en reste fortement surprenante pour une ville vantant son intérêt pour une gestion écologique de ses milieux.

La solution adoptée est simple, près de 54 000 arbres (pins d’Aleps et chênes verts) seront abattus d’ici 2046 avec deux objectifs précis, réduire le risque d’incendie ainsi que retrouver les pâturages présents avant l’expansion de cette forêt.

Maintien de la biodiversité par le pastoralisme

Les avis sur ce projet sont évidemment très tranchés, favoriser une biodiversité par le pastoralisme (le bétail étant ici les moutons) des garrigues tout en abattant un écosystème entier, certains y voient une mesure écologique là où leurs détracteurs dénoncent une justification peu convaincante pour une coupe massive. Comme le montre l’article de l’Agglorieuse sur ce sujet, des citoyens et élus se posent la question du bien-fondé du projet, et l’on arrive à la réelle problématique : la nécessité de transparence de ces projets.

C’est toujours le même problème, selon qui aborde la question la conclusion en sera différente. Et les arguments sont recevables des deux côtés. Le pastoralisme est utilisé dans de nombreux endroits de France comme moteur de maintien de la biodiversité, en effet un milieu forestier a atteint son stade climacique (qui n’évolue plus), la diversité en espèce étant réduite par rapport au stade intermédiaire subissant régulièrement des perturbations, celles-ci étant ici amenés par les moutons, elles entraînent une coexistence d’espèces de milieux jeunes et de milieux adultes. L’intérêt est clair et fondé pour nos milieux. Cependant, même s’il est assez facile de comprendre ce que pourrait apporter ce changement brutal d’environnement, il reste très complexe de savoir quels seront les effets néfastes de la suppression de cette forêt.

Et c’est ici que ce projet est le plus controversé, malgré des recherches, il est difficile voir impossible d’obtenir les conclusions d’une quelconque étude d’impact, ce projet n’étant pas mis en avant par les pouvoirs décisionnaires, comment se faire un avis clair sur cette problématique ?

Enfin vient la seconde justification, la gestion du risque d’incendie. Cela apparaît pour beaucoup comme une raison risible, notamment car d’autres lieux à forts risques sont gérés de manières totalement différentes (augmentation de la surveillance, brûlis contrôlés, meilleure gestion des friches…). Les connaissances sur la diminution des risques d’incendies ne font qu’augmenter, et fort heureusement, les instituts de recherches tels que l’Institut National de la Recherche Agronomique ne conseillent absolument pas de raser toutes nos forêts…

Enfin, pour ce projet comme pour un autre, les avis divergent, les intérêts de chacun ne se recoupent pas forcément, doit-on alors parler de fatalité ? Doit-on réduire les conflits écologiques à de simples différences d’opinions, opinions ne pouvant être débattues, discutées ? Je ne pense pas…

La France regorge de questions de ce genre, de lieux où l’écologie devient la richesse la plus importante à défendre, et l’information et la communication manquent terriblement… Combien d’entre nous connaissent parfaitement le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes, le projet d’enfouissement de déchets radioactifs sur la commune de Bure dans la Meuse, et bien d’autres ?

L’évocation de ces sujets est toujours accompagnée d’un vocabulaire dure : «  extrémistes » ; « manifestants » ; « affrontements », mais jamais l’on ne pose la question de pourquoi certains refusent ces projets… La pédagogie s’est envolée, les « écolos » sont infantilisés, le dialogue n’est plus d’actualités…

L’intérêt pour la santé de nos écosystèmes et pour l’avenir de notre planète se répand à grande vitesse dans les consciences, il serait peut-être temps de réintégrer le citoyens dans le processus de décision, d’informer, de sensibiliser, de donner la parole et de prendre la température. Ce projet d’abattage n’en est qu’un exemple, mais il élargira le fossé entre les volontés citoyennes et les pouvoirs exécutants…

Partagez, renseignez, écoutez… L’écologie mérite mieux qu’un simple affrontement…

Article rédigé par Colin Bonnot

 

 


Article du midi libre présentant le projet (abonnés seulement)
http://www.midilibre.fr/2017/10/18/montpellier-le-zoo-de-lunaret-entreprend-de-mieux-gerer-son-boisement,1576614.php
L’article de l’Agglorieuse
http://www.lagglorieuse.info/article_lunaret-massacre-la-tron-onneuse-au-zoo.html
Dossier INRA sur la gestion des feux de forêts
http://www.inra.fr/Grand-public/Ressources-et-milieux-naturels/Tous-les-dossiers/Incendies-de-foret
Articles Futura science sur l’importance du problème de feux de forêts
http://www.futura-sciences.com/planete/actualites/terre-incendies-deteriorent-plus-plus-forets-monde-2469/
Contenu INA sur le projet d’enfouissement de déchets radioactifs
http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/le-projet-d-enfouissement-de-dechets-radioactifs-de-bure/
Site d’information sur le projet de Bure, par le Réseau Sortir du Nucléaire
http://www.sortirdunucleaire.org/stop-cigeo

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