Dans l’œil du Tigre du platane


Cette semaine, les malheurs du platane continuent.

Dans l’article précédent (Le platane, colosse au tronc d’argile), nous avons constaté que la vie n’était pas un long canal tranquille pour le platane, arbre si répandu dans notre pays. Il est victime d’un champignon, Ceratocystis platani ou la maladie du chancre coloré, pouvant tuer un platane en quelques années voire quelques mois. Cette maladie pour l’instant se cantonne uniquement dans le Sud de la France, bien que l’on remarque une progression rapide du virus, notamment sur le Canal du Midi.
Pendant que le platane se fait ronger de l’intérieur par un petit champignon, un petit animal lui grignote les feuilles…

Pour mieux introduire la bestiole en question, laissez-moi vous citer un proverbe indien : « Ne blâme pas Dieu d’avoir créé le tigre mais remercie-le de ne pas lui avoir donné d’ailes ». Et bien cessons de remercier Dieu car il lui a finalement donné des ailes !

En effet avez-vous entendu parler du Tigre du platane (Corythucha ciliata) ? Cet Hémiptère de 7 mm s’attaque aux feuilles de platanes. Il en aspire la sève, l’assèche et la feuille finit par tomber. Et comme l’apprenti botaniste le sait : moins de feuille, moins de photosynthèse, donc moins d’énergie, et l’arbre n’aime pas ça.
Nous non plus d’ailleurs n’aimons pas spécialement le Tigre du platane. Même si la bestiole n’est pas dangereuse pour l’homme, elle représente une certaine nuisance par l’expansion de sa population. Certains riverains ont vu leur maison envahie, surtout que l’animal plutôt social forme de grands groupes. Sous les arbres, ces derniers tombent sur les têtes des passants et se transforment en véritables poux des platanes (« pour avoir manipulé des branches de platanes, ces petites bêtes sont plutôt dérangeantes et envahissantes, sans compter qu’elles provoquent des démangeaisons»). Il ne semble pas que le Tigre du platane véhicule le virus du chancre coloré, bien que sa carapace puisse transporter des spores de champignon.

Contrairement au chancre pour lequel il n’y a pas de traitement en vigueur, des solutions permettent de lutter efficacement contre le Tigre du platane. Mais, comme souvent, attention aux conséquences qu’elles entraînent. Il y a le bon vieil insecticide, mais il peut intoxiquer d’autres espèces (dont les humains ! Voyez plutôt avec ce beau texte de D. Vieu). Une lutte biologique se met en place par l’utilisation de nématodes entomopathogènes, des petits verts qui infectent l’insecte. Mais la fameuse introduction pour lutter contre une espèce n’est pas toujours adaptée lorsque l’on bouscule l’ordre écologique. En attendant, si cela peut soulager les platanes et que cette lutte biologique est contrôlée, pourquoi pas !

Malgré les nuisances qu’il entraîne, le Tigre du Platane reste une belle bête, avec ses ailes alvéolés et ses couleurs contrastées noir & blanc. Profitons qu’il y en ait autant pour l’admirer (sortez vos loupes et vos bino’ ! Et envoyez vos observations sur inventairefac.com), surtout que ce sont les platanes qui trinquent alors que nous ne courons aucun danger.

Dans un excès de folklore (les proverbes c’est cool), clôturons cet article par la transformation d’un poème cambodgien inadapté à la situation « Le tigre compte sur la forêt, la forêt compte sur le tigre »,  qui devient « Le tigre compte sur la forêt de platanes, la forêt se passerait bien de ce tigre là ».

 

Article réalisé par Mathias ROTH

Les commentaires sont fermés